Ni recyclage ni coexistence avec les Frères Musulmans au Soudan
16 avr. 2026Article d'Al-Midan, organe du Parti Communiste du Soudan : source
La récente annonce des États-Unis déclarant les Frères musulmans au Soudan comme une organisation terroriste a été accueillie par une vague d’approbation dans de larges secteurs du spectre politique soudanais. Cette réaction peut être comprise à la lumière de ce que notre peuple a enduré des crimes de ce groupe et de ses politiques désastreuses. Cependant, ce que Washington a annoncé aujourd’hui n’est pas la révélation d’une vérité inconnue, mais plutôt une reconnaissance tardive d’une réalité profondément ancrée dans la conscience et l’expérience du peuple soudanais, qui connaît ce groupe à travers des décennies de répression, de corruption et de violence organisée.
Depuis son émergence dans les années 1940, les Frères musulmans ont été liés, selon des documents révélés dans les archives britanniques, à des relations avec les services de renseignement britanniques, dans le cadre de la politique impériale de la Grande-Bretagne au Moyen-Orient. Par la suite, le groupe est devenu l’un des instruments utilisés par les États-Unis durant la guerre froide pour affronter les mouvements de libération nationale et les forces progressistes dans la région. Cela ne s’est pas limité à l’organisation mère en Égypte, mais s’est également étendu aux réseaux de l’organisation internationale et à ses différentes branches, qui ont été employées politiquement et idéologiquement au service des stratégies impériales.
Dès ses débuts, le groupe a adopté des modèles d’organisations fascistes comme référence pour sa structure organisationnelle et ses méthodes d’action. Il a mis en place des appareils secrets et des formations para-militaires, et a pratiqué des assassinats politiques, des attentats à la bombe et diverses formes de violence organisée comme outils de lutte politique. Avec l’intensification des conflits internationaux durant la guerre froide, nombre de ses cadres ont été envoyés sur des théâtres de conflits régionaux, notamment la guerre en Afghanistan, où de nombreux membres ont reçu une formation avancée en opérations de combat, fabrication d’explosifs et techniques clandestines. Cela a ensuite contribué à la propagation de réseaux de violence armée dans la région et a ouvert les portes à un enfer d’opérations terroristes, dont les civils furent les premières victimes.
Dans le même temps, les capitales occidentales ont continué à offrir des refuges sûrs aux dirigeants de ce groupe, reflétant la nature pragmatique des relations entre les puissances impériales et de telles organisations : une utilisation politique à certains moments, et circonstancielle à d’autres, selon les exigences des intérêts stratégiques.
Cependant, le peuple soudanais n’a pas besoin de témoignages extérieurs pour reconnaître la réalité de ce groupe. L’histoire passée et récente du Soudan atteste que les Frères musulmans, sous leurs différentes appellations et déguisements politiques et organisationnels, sont associés à un lourd passif de crimes et de violations, allant de la répression des opposants et de la destruction de la vie démocratique, à la corruption systématique et au pillage des ressources publiques, jusqu’aux crimes de guerre et aux actes de génocide commis contre de larges secteurs de notre peuple. Leur pouvoir a également été associé à la corruption de la vie publique sur les plans politique, social et culturel, ainsi qu’à l’instauration d’un système autoritaire fondé sur la répression, le clientélisme et le favoritisme.
Notre peuple est également conscient que ce groupe n’a jamais été isolé des réseaux de parrainage extérieur. Historiquement, il a bénéficié d’un soutien politique, financier et médiatique de la part de puissances internationales et régionales, directement ou par le biais de divers canaux de financement, notamment les réseaux de pétrodollars dans la région. Ce soutien a contribué à consolider son influence et à lui permettre de s’enraciner au sein de l’État et de la société.
Lorsque la résistance populaire contre le régime des Frères musulmans au Soudan s’est intensifiée et que ce régime s’est retrouvé au bord de l’effondrement, des cercles internationaux influents ont cherché à contenir la transformation révolutionnaire à travers le projet connu sous le nom de « transition en douceur » (soft landing). En pratique, ce projet visait à reproduire l’ancien régime sous des formes modifiées et à repositionner le groupe dans l’équation du pouvoir. Les États-Unis ont exercé de fortes pressions sur les forces politiques soudanaises pour faire avancer cette voie, tandis que la Grande-Bretagne jouait des rôles similaires à travers des conférences politiques et des ateliers destinés à orienter la transition de manière à préserver certains équilibres.
La contradiction qui apparaît aujourd’hui dans la position américaine, entre une longue histoire de parrainage politique de ce groupe et son classement comme organisation terroriste, révèle clairement la nature de la politique impériale, gouvernée par les intérêts plutôt que par les principes. Par conséquent, il convient d’aborder cette évolution avec une conscience politique critique, et non avec l’illusion de se reposer sur les positions des grandes puissances.
La tâche qui se présente aujourd’hui aux forces révolutionnaires et populaires au Soudan est de poursuivre et d’intensifier la lutte de base et radicale contre le système de l’islam politique sous toutes ses formes politiques, militaires et organisationnelles, contre les forces armées issues de ses rangs ou alliées à lui, et contre la guerre imposée au peuple soudanais qui a plongé le pays dans un cycle de destruction et de souffrance.
La lutte de notre peuple n’est pas simplement une lutte contre une organisation spécifique, mais une lutte pour démanteler la structure autoritaire qui l’a produite et pour construire un État civil démocratique fondé sur la justice sociale, la liberté et la souveraineté nationale.
Le peuple soudanais a très tôt reconnu la nature violente de ce groupe. Depuis l’incident d’Ajko au sein du mouvement étudiant soudanais le 6 novembre 1968, lorsque le groupe a révélé son visage terroriste dans l’activité politique, il est devenu clair que son projet reposait sur la violence, l’exclusion et une organisation para-militaire.
Depuis lors jusqu’à aujourd’hui, l’expérience du Soudan avec ce groupe est restée un témoignage du danger du projet qu’il porte — un projet qui combine despotisme politique, dépendance extérieure et instrumentalisation de la religion au service du pouvoir.
Pour cette raison, la voie vers le salut du Soudan ne passera ni par le recyclage de ces forces ni par la coexistence avec leur projet, mais par une lutte de masse consciente et organisée visant à les écarter de la scène politique et à construire un nouvel horizon national démocratique digne des sacrifices de notre peuple et de sa longue lutte.