Communiqué du 6 février dernier du Parti Communiste des Travailleurs Espagnols (PCTE) suite aux accidents mortels de Janvier dans le secteur ferroviaires. (Source)

Janvier 2026 a été un mois sombre pour le secteur ferroviaire espagnol. Le 18 janvier, à Adamuz (Cordoue) un TGV Iryo a déraillé et est entré en collision avec un train Renfe Alvia, faisant 46 morts et 292 blessés. Parmi les victimes, on comptait une fois de plus des cheminots : quatre perdirent la vie et plusieurs furent blessés. À ce jour, la cause du déraillement n'a pas été formellement établie, mais les premiers éléments de l'enquête évoquent une défaillance des rails due à un entretien insuffisant des infrastructures.

Deux jours plus tard, le 20 janvier, alors que l'AEMET (Agence météorologique nationale espagnole) déclenchait une alerte rouge en Catalogne, un mur de soutènement bordant l'autoroute AP-7 s'est effondré sous l'effet des fortes pluies et est tombé sur les voies de la ligne de train de banlieue R4 Rodalies, percutant instantanément un train en marche. Le conducteur stagiaire qui se trouvait dans la cabine a trouvé la mort et 37 autres personnes, dont plusieurs ouvriers, ont été blessées.

Ces deux événements ont profondément ébranlé l'ensemble du secteur ferroviaire, une industrie déjà constamment au cœur du débat public, instrumentalisée par des politiciens et des médias de tous bords, y compris diverses plateformes d'extrême droite, qui cherchent à tirer profit de cette situation difficile pour étayer leur rhétorique réactionnaire. D'un côté, l'effondrement de gares comme Chamartín, l'indisponibilité chronique du réseau de trains de banlieue Rodalies de Catalunya, les coupures de courant sur le réseau à grande vitesse et les défaillances techniques du matériel roulant sont présentés comme des incidents isolés par le gouvernement et son ministère des Transports, sans que les causes structurelles sous-jacentes ne soient mises en lumière. De l'autre côté, à chaque incident, on assiste à un effet de contagion de plaintes opportunistes sur le « chaos ferroviaire » soutenues par la droite et alimentées précisément par ceux-là mêmes qui n'ont jamais dénoncé les nombreux accidents, mortels ou non, qui se produisent mois après mois, ni qui ne se sont ouvertement opposés au processus de libéralisation, de privatisation et de marchandisation qui dévore progressivement le réseau de transport ferroviaire.

Le problème n'est pas la gestion, mais plutôt le fait que le réseau ferroviaire devrait répondre aux besoins de la société, et non générer des profits. Des réseaux essentiels comme Rodalies, qui transportent quotidiennement des millions de personnes en Catalogne, souffrent de retards chroniques, d'infrastructures vétustes et de conditions de travail précaires, conséquences directes de la logique du profit privé. Seul un réseau ferroviaire géré avec une planification et des ressources axées sur la population peut garantir la sécurité, l'accessibilité et des conditions de travail décentes pour les employés et les usagers. Ce dernier point est précisément l'élément clé que beaucoup s'obstinent à dissimuler. Il ne s'agit pas de cas isolés de mauvaise gestion ; il s'agit du modèle ferroviaire mis en place en Espagne selon une logique capitaliste et de ses responsables. C'est une politique délibérée, mise en œuvre par les gouvernements successifs pour servir les intérêts du capital, en instrumentalisant l'État afin de garantir la rentabilité privée au détriment de la sécurité et du bien-être des travailleurs. L'Union européenne promeut la libéralisation du transport ferroviaire depuis des décennies. En 2005, la scission de la RENFE unique en ADIF, en tant qu'entité de gestion des infrastructures, et en Renfe-Operadora a été achevée, ouvrant la voie à la privatisation progressive des services ferroviaires, de la maintenance et de la gestion des infrastructures entre les mains de grandes entreprises privées telles que Ferrovial, ACS, Acciona ou Comsa.

Ce processus a engendré la situation actuelle, caractérisée par l'arrivée massive d'opérateurs privés tels qu'Iryo et OUIGO, ainsi que par l'intensification de l'externalisation et de la sous-traitance de tous types de services ferroviaires. Au final, le secteur ferroviaire public s'est fragmenté et démantelé au profit du capital privé.

Les conséquences de ce modèle sont aujourd'hui manifestes. Dans un contexte où, suite à la libéralisation, l'infrastructure supporte une utilisation accrue de 42 %, la logique du profit privé, fondée sur la réduction des coûts et la maximisation des marges, se heurte frontalement à la nécessité d'une maintenance rigoureuse, préventive et continue pour garantir la sécurité.

Face à la dégradation manifeste de la situation, les cheminots se sont mobilisés. Des manifestations ont déjà eu lieu dans de nombreuses provinces du pays, notamment le rassemblement organisé par différents comités d'entreprise le 3 février devant le ministère des Transports. Le PCTE (Parti communiste d'Espagne) appelle à soutenir ces mobilisations, soulignant l'importance particulière de participer à la grève lancée par les groupes Renfe, Iryo, OUIGO et SERVEO, et déclare ce qui suit :

  • Nous réitérons notre solidarité avec les victimes et les familles de l'accident d'Adamuz, et plus particulièrement avec les cheminots décédés et blessés des groupes Renfe, Iryo et SERVEO. Nous exigeons une enquête approfondie sur les faits et des poursuites pénales.
  • Il en va de même pour les victimes de l'accident de Gelida, et en particulier pour le conducteur de train stagiaire décédé et sa famille. Nous tenons le gouvernement catalan, la direction d'ADIF et le groupe Renfe responsables de cette tragédie. Compte tenu de l'alerte météo rouge, l'exploitation aurait dû être suspendue et aucun train n'aurait dû circuler. Bien qu'un protocole de gestion des risques pour le groupe Renfe en Catalogne ait depuis été négocié, les mesures garantissant une sécurité maximale doivent être étendues à l'ensemble de la région et à toutes les entreprises du secteur.
  • Nous exigeons l’internalisation des charges de travail qu’ADIF sous-traite, notamment celles liées à la maintenance préventive des infrastructures, dont l’externalisation met en danger la sécurité et dégrade les conditions de travail du secteur.
  • Nous appelons à l'unité de tous les travailleurs et travailleuses dans la préparation et la participation aux mobilisations, que nous considérons comme le moyen indispensable de défendre les intérêts de la classe ouvrière dans ce secteur. Accuser certains groupes plutôt que d'autres ne fait que détourner l'attention du véritable problème et fragmenter la lutte. De plus, les appels à la responsabilité et à la retenue lancés par les voix proches du gouvernement ne doivent pas susciter un alarmisme servant les intérêts de l'extrême droite, mais plutôt une défense de la légitimité de la mobilisation et des grèves ouvrières, expression ultime de la défense de leurs intérêts. Ces deux outils sont irremplaçables par les promesses de « bonne gouvernance » de tout gouvernement.
  • Les syndicats doivent faire preuve de la plus grande diligence et responsabilité au vu des événements récents. La menace constante de grève, sans jamais la mettre à exécution – tactique malheureusement devenue courante dans le secteur –, affaiblit la position des travailleurs, compromet leur mobilisation et alimente la méfiance envers les négociations futures. Une grève doit être prise au sérieux, préparée et organisée avec rigueur, en donnant aux travailleurs un rôle moteur sur leur lieu de travail.

Le PCTE appelle à lutter contre la libéralisation, la privatisation et la marchandisation du secteur ferroviaire. Nous plaidons pour la réunification des différentes entreprises publiques et privées du secteur, afin de mettre un terme à la fragmentation actuelle qui disperse les responsabilités et entrave le contrôle effectif de l'état du réseau. Nous avons besoin d'une seule entreprise ferroviaire publique qui réponde aux besoins de la population et permette à ses employés de travailler dans des conditions optimales, tant en matière de travail que de sécurité.

 

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